Cagnes-sur-Mer (06), France 🇫🇷
A mon avis, le perfectionnisme est une maladie ! Il est clair que chaque blessure stimule le besoin d’être parfait à sa manière. Pour le rejeté, « le perfectionniste » est carrément un masque de protection qui lui permet d’être reconnu et valorisé… Pour l’abandonné, le masque correspondant est « l’indispensable », car quelqu’un qui fait des choses parfaitement le devient et n’est jamais abandonné… Pour l’humilié, la perfection est la manière par excellence de se faire respecter… Pour le trahi, la perfection va main à la main avec le masque du « contrôlant », car plus quelqu’un est parfait, plus facile ce sera d’avoir contrôle sur les autres et éviter des trahisons… Pour celui qui a vécu l’injustice, la perfection est simplement le gant qui correspond à sa main. D’être parfait veut dire pour lui être juste et d’éviter des injustices à venir… 👌
Ce n’est pas seulement une pathologie individuelle, mais carrément une maladie de notre époque et de notre société. Que cela soit à la maison, à l’école ou au travail, la perfection et l’impeccabilité sont valorisées et honorées par des prix, des bonus, des compliments ou d’autres avantages. Il n’y a pas vraiment de place pour l’échec, l’erreur ou même la lenteur. Tout notre système sociétal est construit autour de la performance et de la productivité. Les gens qui n’arrivent pas à s’adapter sont, d’une manière ou d’une autre, exclus. Quelqu’un qui ne s’adapte pas à l’image de la perfection que la société a créée pour nous, peut se trouver rapidement rejeté par ses proches, être licencié, devenir SDF, être expatrié ou même être emprisonné. Pensez aux gens qui ne correspondent pas aux critères physiques de beauté… aux gens avec une orientation sexuelle ou identitaire différente… aux personnes avec des idées philosophiques, spirituelles, politiques, éthiques ou morales divergentes… pensez tout simplement à tous ceux ici en Occident qui ne sont pas blancs, hétéros et chrétiens ! 🤦♂️

Mes deux parents étaient des perfectionnistes. Je pense que ma mère l’est devenue après les camps de concentration. Après avoir tout perdu, avoir de l’ordre lui donnait certainement une notion de sécurité. Je me souviens que quand je déplaçais par mégarde un bibelot quelque part, en rentrant, elle le voyait tout de suite et le remettait au millimètre près à sa place. Je n’avais pas le droit non plus de m’asseoir sur le canapé, car cela mettait des plis dans les coussins. Elle vivait dans l’appartement, mais touchait presque à rien. Tout était toujours parfaitement rangé et immaculé, même quand elle faisait la cuisine. En décrivant tout cela, je me reconnais très bien. Je suis capable de me lever pendant que je regarde un film, juste pour pousser un objet d’un chouia afin que ma chambre semble plus harmonieuse. Et, quand j’étais cuisinier, je nettoyais aussi au fur et à mesure… et la cuisine était toujours propre. 🧑🍳
J’avais appris jeune que mon père, qui était également perfectionniste, avait, pendant un temps, un surnom en Israël. On l’appelait Yekke Putz. Yekke est une manière péjorative de désigner un Juif allemand en Israël comme quelqu’un qui ne s’intégrait pas, ne parlait pas hébreu, agissait maladroitement et qui pourtant insistait pour porter une chemise et une cravate. En yiddish, le mot « putz » est souvent utilisé comme un terme argotique signifiant « fou » ou « abruti ». Il peut également désigner les organes génitaux d’un homme dans un contexte vulgaire. Le terme est généralement utilisé de manière péjorative pour décrire quelqu’un qui agit bêtement ou odieusement. J’avais compris à l’époque que cela voulait dire qu’il était perfectionniste, mais que dans le contexte de l’exode vers Israël, cela n’avait aucun sens. 🇮🇱

Il paraît qu’il démontait son scooter carrément dans le salon pour nettoyer, tout comme il faut, pièce par pièce, et qu’il prenait régulièrement ses chaussures dans la douche pour les nettoyer aussi. Après, il mettait du cirage… et il paraît que ses chaussures avaient une durée de vie exceptionnelle. Et là encore, je me reconnais. Je me souviens d’un jour où j’étais en train de récupérer les petits trous laissés par les gravillons sur le carénage de mon scooter. J’avais un lumbago ce jour-là. Quand c’était le moment de notre rendez-vous Skype, quelques instants plus tard, j’ai compris qu’il était en train de faire la même chose pour les pare-chocs de sa voiture… et qu’il avait le dos coincé également. Comme ma mère, il était maniaque. La différence entre eux était que ma mère ne s’énervait pas vraiment quand les choses ne se passaient pas selon sa volonté, alors que mon père était intraitable. Je vois bien que je suis le fruit de deux parents maniaques. 🧑🧑🧒
Heureusement que j’ai fait un travail sur moi, car aujourd’hui je ne me considère plus vraiment maniaque, mais juste comme quelqu’un qui prend soin de ses affaires. En faisant systématiquement et pendant longtemps des contre-pieds à mes pulsions, les choses sont doucement davantage rentrées dans l’ordre. En tant que maniaque hollandais, israélien, juif et militaire, il fallait que je mette beaucoup beaucoup d’eau dans mon vin à l’époque si je voulais arriver à rester ici. Beaucoup de hollandais, d’anglais et d’allemands ne restent pas en France, car la négligence qu’ils subissent ici est trop violente et différente de leur culture d’origine. Il y a en Hollande carrément une expression pour cette négligence : « À la façon française ». J’ai dû, entre autres, apprendre à accueillir le retard des autres, à accepter que les gens ne font pas ce qu’ils disent et que la qualité de travail demandée ne correspond pas à mes normes. 🤷♂️

Par contre, mes tendances perfectionnistes m’ont toujours aidé professionnellement. Cela m’a toujours permis de « faire la différence » et j’ose dire que je suis devenu, dans chaque métier, plutôt exceptionnel grâce à cette pathologie. Toutefois, chemin faisant, mon perfectionnisme ou maniaquerie se sont doucement effacés. Il y a clairement une incompatibilité entre le perfectionnisme, qui vient donc des blessures, et notre état authentique, originel et naturel. Je suis assez fier de moi, car depuis assez longtemps maintenant, je reconnais la perfection dans l’imparfait ! Mes cours, stages, causeries et séances sont parfaits de cette manière. Je me souviens que cela a commencé quand j’étais prof d’aérobic. Je me souviens que quand je voulais donner un cours parfait sur le plan didactique, physique et sportif, les gens s’ennuyaient. Alors, que quand je m’éclatais sur la musique et que je suivais tout simplement le rythme, mon ressenti et mon élan, les gens s’éclataient également… 🕺
Quand parfois l’élan de faire des choses d’une manière parfaite me revient, la Vie me montre directement que je me trompe. Je pense à ma dernière hospitalisation. Je voulais qu’à mon retour tout soit nickel. Alors, j’ai nettoyé l’appartement à fond et fait ma lessive au dernier moment. Deux heures avant mon départ, en voulant manger quelque chose, mon plateau a violemment basculé et j’ai mis de la nourriture et de la sauce de partout… sur mes draps, les murs et les vitres. Il y en avait jusqu’au plafond. J’ai pu tout nettoyer et laver de justesse avant de partir, mais j’ai compris le message : le meilleur est vraiment l’ennemi du bien ! D’ailleurs, le 4ème accord Toltèque parle de ça. Faire de son mieux ne veut pas dire d’être parfait… mais plutôt de reconnaître et respecter ses limites. Là, je ne vais donc pas faire la même erreur. Je me prépare comme pour faire une promenade. Je prends mon sac, mon iPad et les documents nécessaires et je laisse tout tel quel. Okay, ce n’est jamais vraiment sale chez moi, même si je suis aujourd’hui plus français qu’hollandais. 😉
Je vous souhaite une délicieuse journée, soirée ou nuit… où que vous soyez… ∞❤️∞
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Merci Michaël pour ce texte qui me touche et m’émeut particulièrement aujourd’hui 🙏 En effet je vois bien la tendance que mon ego à eu depuis petite à rechercher systématiquement la reconnaissance, la valorisation et l’indispensabilité. Je pense avoir beaucoup évoluée sur le sujet depuis ces 2 dernières années. Du moins j’arrive de mieux en mieux à identifier les endroits où cela se joue dans mes relations et à agir en conséquence. Et je me trompe peut-être mais, suite à la lecture de ton article.. j’ai l’impression que l’état d’épuisement que je ressent actuellement prends principalement ses racines à cet endroit précis. D’ailleurs une amie m’a justement dit aujourd’hui qu’elle trouvait que je voulais être trop « parfaite » 😅 Je crois que ce « piège » se joue beaucoup dans mon travail d’auxiliaire de vie aussi.. Bref, tout cela me donne matière à réfléchir pour mettre en place les contrepieds adéquats et retrouver le chemin de mon être profond avec amour et gratitude 💜
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Merci pour ton partage vulnérable, Claire… et bon Anniversaire ! 🎂🥂
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.. Raison pour laquelle aussi, je me fais un peu violence à partager ici vulnerablement pour la première fois.. au risque éventuellement de me tromper. C’est OK, je me l’autorise et ça me fait beaucoup de bien ☺️
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Alors, bravo et bienvenue… 🤗😍
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🙏☺️
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bonjour Michael
controler, être parfaite pour ne pas être exclue encore et encore m a tenue prisonnière dans un environnement qui m a littéralement éteinte..
ton écrit redonne en moi fortement aujourd’hui, depuis quelques jours c est sur c est tout frais, je me sens nettement mieux plus libre moins sur le contrôle et mon dieu que cela fait du bien malgré toutefois un malaise je me sens vaciller vers …..je ne sais trop quoi, c est enivrant et terrifiant aussi je suis dans un état de découverte , de renouveau,
j ai l’ impression de sortir de l état de chenille et d être en devenir de papillon c est grisant c est enivrant et ça me bouscule de tout part..
merci de par ton écrit me faire prendre conscience de cela.
florence
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T’en prie… 😌
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