Pas en sécurité

Montpellier (34) , France 🇫🇷

La sécurité a toujours été importante dans ma vie. Pourtant nous n’en parlions jamais, ma mère et moi. Elle a vécu l’holocauste et a été déportée à Bergen-Belsen où elle est restée pendant 2 ans et demi dans un camp de concentration. Mon père a été déporté vers un camp de transfert à Westerbork. La majeure partie de ma famille n’est pas revenue et nous avons tout perdu. 😌

Je fais partie de ce que l’on appelle “la deuxième génération”. Ce sont des enfants qui ont grandi avec des parents qui ont survécu aux horreurs du Nazisme et qui portent en eux les mêmes traumatismes, même s’il n’ont pas été déportés eux-mêmes. Pleins de gens de cette génération vivent avec des séquelles dues à la guerre, certains en sont même morts. 😏

Ma mère et ma grand-mère ont passé toute leur vie à économiser pour retrouver un petit peu de sécurité financière. Mon grand-père avait été diamantaire et possédait des maisons au bord des canaux d’Amsterdam. Ils étaient riches… Après la guerre il n’y avait plus rien. Ma grand-mère racontait qu’elle avait même vu une femme qui portait ses bijoux et qu’elle n’a pas voulu les lui rendre. 🤨

Les deux avaient un stock énorme de conserves dans un placard dans la cuisine. Je m’en souviens bien car je tapais dedans quand j’avais mes fringales. Avec le recul ça ne représentait à peine quelques semaines de nourriture, ce qui en tant de guerre est dérisoire. Beaucoup de ce qu’elles faisaient dans leur vie était en fonction de cette époque. C’était un traumatisme inimaginable et indélébile. 😌

Quand il fallait choisir mes études, trois directions m’intéressaient. Le sport, la photographie et l’armée. Inconsciemment ma mère et son ami de l’époque m’ont poussé invisiblement vers l’Académie Militaire. Pour moi ça représentait le challenge, la responsabilité, le sport, l’activité physique, la diversité… pour ma mère c’était un endroit où je serai tout simplement en sécurité en cas de conflit. 😅

Il y a quelques années, je me suis rendu compte que j’avais une habitude depuis tout jeune que je n’avais jamais vraiment remarquée. La première chose quand j’arrivais quelque part était de regarder où je pouvais me cacher et rester longtemps sans être découvert. C’est seulement depuis 2 ou 3 ans que ce réflexe a disparu. Mon ami à Amsterdam avait une habitude semblable, typique pour des enfants de survivants. ☺

Même si ma mère n’était quasiment pas là pendant ma jeunesse, qu’elle est morte jeune et que j’ai grandi sans mon père, je n’ai jamais manqué de rien. J’étais relativement autonome, en apparence en tout cas. Mes blessures liées à mes parents étaient au beau fixe, bien évidemment. J’avais pour chacune au moins 12 sur 10… un grand blessé de l’inconscience parentale et de l’incompétence scolaire. 😝

Moi aussi, je pense qu’inconsciemment j’ai passé beaucoup de temps à construire quelque chose qui était sensé me procurer de la sécurité. Je ne me suis jamais vraiment senti en danger quand j’étais enfant, mais quand ma mère a disparu et que je me suis trouvé seul face à la vie, un inconfort s’est rapidement installé. Je me sentais toujours en situation précaire, en situation de risque… Alors, j’ai longtemps économisé et préparé ma vie pour “plus tard”. Après réflexion, je me rends compte que j’ai commencé à thésauriser déjà à partir de 7 ans.😟

Pendant longtemps, j’ai trouvé un peu de stabilité auprès de ceux avec qui je partageais une tranche de vie. Jusque peu j’ai malgré tout toujours été entouré. D’ailleurs, la loi de l’attraction a bien fonctionné avec moi et avec le temps je me suis trouvé dans des situations de plus en plus inconfortables. La déchéance était bien inscrite dans mes cellules et à plusieurs reprises je me suis trouvé presque à la rue. Il suffisait de très peu pour que je bascule dans un autre monde. 😏

Je ne me sens toujours pas en sécurité. Mais avec les années cet état est devenu plutôt un atout. Certes, quand j’arrive quelque part, souvent je me pose et m’installe pour avoir l’impression d’un peu de stabilité. Je peux rester ainsi dans une chambre sans en sortir pendant des jours. Ça me donne une petite sensation de cocon et l’impression d’avoir un “chez moi”. Bien évidemment c’est illusoire…. mais pour l’instant ça fait encore partie de mes petites habitudes. 🙁    

Il n’y a rien de sécuritaire dans ma vie. Je suis en permanence en situation de risque. Et doucement, très doucement, je m’y habitue. Je suis de plus en plus seul et je sais de moins en moins quand l’argent rentrera, où je vais dormir, qui sera avec moi et ce que je vais faire par la suite. L’incertitude complète. 😏

En revanche, j’ai pris les devants et au lieu d’en faire un problème, j’en ai fait un challenge. Au lieu de me sentir fragile, l’insécurité est devenue un choix et me permet de m’exposer volontairement de manière vulnérable face à la vie et de m’abandonner à l’existence. Au lieu de me sentir faible et en danger, une sensation de plus en plus forte de liberté et de puissance m’habite. ☺

Rigolo non, l’image que j’avais auparavant de la puissance était plutôt liée aux possessions, à la richesse et à un certain statut social. J’ai découvert avec le temps que c’était plutôt le contraire, que la puissance ne venait pas du “faire” ou de “l’avoir”, mais à partir d’une certaine qualité d’être. 😇

Ainsi se trouve le lien entre puissance et vulnérabilité. Mon insécurité me permet d’être vulnérable… et la vulnérabilité semble être possible uniquement quand la puissance est là. Attention de ne pas confondre puissance et vulnérabilité avec force (ou pouvoir) et fragilité. Ça ne donne pas du tout le même décor. 😉

Aujourd’hui, au-delà de l’insécurité habituelle, s’ajoute celle mon activité d’Alchimiste. Même si intérieurement je sais ce que je fais et que je sais où je vais, je n’ai aucune garantie que je ne me trompe pas. Je n’ai aucune protection… et tout, absolument tout peut m’arriver d’un moment à l’autre. 🤨

Pourtant, aujourd’hui j’aime mon insécurité… car l’absence de protection est en même temps une porte ouverte qui permet le bonheur d’entrer dans ma vie également. C’est grâce à ça que toute la magie que la vie m’envoie peut arriver jusqu’à moi. Alors, je dis « VIVE L’INSECURITE »… et ainsi je m’abandonne entre les mains de la Vie elle-m’aime. 😍

Je vous souhaite une magnifique journée ❤💛💚💙💜🖤 

 

5 réponses

  1. lalikou

    Merci Michaël pour ce partage de tes zones d’insécurité et de ta vulnérabilité.
    Je t’entends et partage certains de ces ressentis étant aussi nomade, en famille, sans avoir non plus toujours de visibilité sur quand l’argent rentrera, où nous allons dormir et ce que nous allons faire par la suite… Je me sens parfois fatiguée par les changements de lieux, surtout avec toute la logistique en plus avec un bébé, mais ce n’est generalement pas cela qui prime !
    Je me sens tellement en gratitude de m’offrir de vivre comme cela, avec une telle liberté, de l’inconnu qui me fait avancer sur mes peurs et m’ouvre encore plus le coeur, me donne la possibilité d’accueillir encore plus largement les événements et les personnes chez qui nous sejournons. Elles sont toujours de merveilleux miroirs, les plus parfaits de ce sur quoi j’ai à me pencher en moi à ce moment.
    Cela semble simple en me lisant mais certains moments viennent vraiment me chercher, quand mon ego se plaint, ne veut pas voir en lui, à envie d’une pause… 🙂 cela pour partager que de nombreuses personnes rencontrees nous partagent envier cette vie nomade et libre et ont en meme temps trop de freins pour le faire à ce moment là de leur vie. C’est un constat. Je leur propose d’emprunter notre van pour 2 ou 3 jours et souvent toutes les excuses possibles arrivent… Et souvent, pour vraiment se lancer dans une vie nomade, elles ont un attachement au travail, à une maison et tout son contenu…
    Pour moi qui ai aujourd’hui le projet de me poser, la question est « comment garder l’esprit nomade en etant sedentaire ? » Mon prochain challenge ?!

    Souvent, même en séjournant un mois quelque part, si je garde l’ouverture à l’inconnu et le temps de m’y ouvrir (en me baladant par exemple), avec la confiance en l’unité, je reçois tellement de cadeaux, de générosité, d’abondance. Hier la couturière m’a offert une robe, sur le marché j’ai reçu 2 oranges pour goûter, quelqu’un d’autre m’a aidée pour un bricolage…
    LA VIE EST GÉNÉREUSE POUR TOUS et NOUS SOMMES TOUS GÉNÉREUX ET ABONDANTS
    J’ai d’ailleurs écrit généreusement…
    Bravo Michael pour cette vie au plus près de ta source, et de plus en plus. C’est inspirant !
    Délicieuse journée à tous
    Laële

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  2. Solange

    Finalement, cher Michaël, volens nolens, vous êtes une incarnation contemporaine du mythe du « Juif errant »… en plus d’être un modèle pour ceux qui aspire à vous suivre.

    Aimé par 1 personne

  3. qui faire confiance de nos jours???,même une personne qu’on connaissait depuis des années et hop il te met un poignard au dos en te posant par exemple un lapin…ou d’autres amis qui t’abandonnent lorsque tu as le plus besoin d’eux…la sécurité,on est les seul à se protéger de tous…

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