Visite à mon père ~ Visit to my father

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Michael à Modi’in, Israël 🇮🇱 

C’était comme si j’étais en pilote automatique. Dès mon réveil, je me suis lavé, rasé de près et habillé en jeans noir long et shirt avec manches longues. Pour moi j’allais dans un lieu de culte, comme dans une synagogue et je ne voulais pas offenser qui que ce soit ou me tromper dans le cas où il y avait une code vestimentaire. J’ai même mis mon kippa dans mon sac. Une demie-heure plus tard, j’étais déjà dans le bus qui est arrivé en même temps à l’arrêt que moi. Le voyage vers le tombe de mon père avait commencé. 

Je ne pouvais rien faire d’autre que rester connecter à lui, à mon intention et au voyage. Mes cartes du jour validaient l’idée que cette journée était pour lui. Alors, j’ai passé tout l’itinéraire à repasser notre histoire sur l’écran imaginaire dans ma tête. En même temps, involontairement bien évidemment, j’étais en train de vous parler, j’étais déjà en train d’écrire mon article, essayant de mettre des mots sur ce qui était en train de se passer pour moi. Normal, je suis acteur, observateur ET rapporteur de mon épopée

Depuis le temps que je cherche des réponses, j’ai tout compris de l’histoire de chacun… de celle de mon père, de ma mère et de la mienne… au point qu’il n’y a vraiment plus rien à comprendre. Si je voulais aujourd’hui la raconter à quelqu’un, il me faudrait des heures. Trois histoires complexes et traumatisantes sur un fond de diaspora, d’holocauste et drame familiale. Trois personnes jeunes et meurtries tentant de faire du mieux avec le peu qui restait. Trois personnes sur des rails comportementales sans possibilité d’en dévier… sauf moi… peut-être…

Je suis en paix avec mes parents. Il n’y a rien à pardonner. Pourtant, dans mon fort intérieur, j’ai échoué. J’ai vraiment tout essayé pour avoir une relation normale avec mon père et cela pendant de longues années. J’ai fini par tout y laisser… et malgré toute ma transformation, qui était plutôt magique, j’ai une forte sensation d’échec. Heureusement que ma conscience est là pour me rappeler que j’ai vraiment fait de mon mieux et qu’il y avaient beaucoup trop de choses qui se sont passées au-delà de ma volonté. C’était immaitrisable et en fin de compte irrécupérable… Je sais que là où les événements me dépassent, c’est là où la vie elle-même est à l’oeuvre… Pourtant, je ne suis pas encore en paix avec moi-même… Aujourd’hui je suis en train d’intégrer la notion que « c’est comme ça ! », car c’est tout ce qui reste… 

Le voyage a duré 2 heures, et vers 9 heures et quart le bus est entré dans ce que je pensais être un quartier de Petah Tikva. Quand j’ai vu des grandes espaces avec des stèles, j’ai compris que le bus roulait carrément sur le territoire du cimetière, qui était énorme. Ces espaces séparées des rangées d’arbres me faisaient plutôt penser à des terrains de parking. Quand, après avoir demandé le chemin, j’ai compris que le tombe de mon père se trouvait dans un immeuble au premier étage, je n’était pas plus surpris que ça.

Je n’avais jamais vu une chose pareil. En plus, l’immeuble me faisait penser à une parking couverte à plusieurs étages. Sur chaque étage, les tombes étaient rangés, comme des voitures, l’une à côté de l’autre. Le principe même « d’enterrer » quelqu’un n’avait plus aucun sens ici. Ça ne me dérangeait pas vraiment, je n’avais juste pas l’habitude. D’ailleurs, je pense avoir compris pourquoi ça se passe ainsi. Selon la loi juive, une tombe ne peut pas être détruite au bout d’une certaine nombre d’années, comme c’est le cas dans d’autres religions. Il doit donc y avoir une pénurie d’emplacements, alors, c’est logique de construire en hauteur et de faire des immeubles tombales.  

Grâce au peu d’hébreu que je maitrise, j’ai rapidement trouvé l’immeuble et l’étage où devait reposer mon père dans ce labyrinthe funéraire. Par contre, les allées et les tombes n’étaient pas marquées et j’ai dû commencer à passer tombe par tombe à la recherche de mon paternel. Heureusement que j’ai rapidement compris que les gens étaient « parqué » de manière chronologique. Quand j’ai compris également que ceux qui sont décédés en 2019 ont été utilisés pour finir les rangées, j’ai pu y aller de manière plus intuitive. Il m’a fallu environ d’une demie-heure pour trouver mon père… C’était déjà difficile de son vivant de le retrouver, alors j’ai pris cette recherche plutôt comme un clin d’oeil.

La première chose qui m’a étonné a été la longueur de sa tombe. Mon père faisait 1m86 et je me demandait comme ils ont pu le mettre à l’intérieur. Vu la hauteur, je pense qu’il est allongé en diagonale avec la tête en haut et les pieds plus bas. J’ai trouvé une chaise quelque part et me suis installé un petit moment auprès de son mémorial. Je sentais bien qu’il n’était pas là… Par contre, je le sens en ce moment dans ma chambre et je l’ai senti aussi parfois sur le trajet… et heureusement que ce tombe triste au premier étage n’est pas sa demeure.

Je voulais juste qu’il sache que je l’aime, que je l’ai toujours aimé et que je l’aimerai toujours… peu importe l’histoire que nous avions à vivre ensemble. Au niveau de l’âme, au niveau essentiel,  ça n’a aucune importance. Pendant que j’écris ces lignes, je sens qu’il est là, je me sens ému. Je chuchote que je l’aime tellement et je me sens parcouru de frissons… Ce que j’avais espéré vivre là-bas, ce passe simplement dans ma chambre…

J’ai dû poser mon ordi quelques instants et je lui ai parlé doucement… Je lui ai dit que je l’aime, je lui ai demandé pardon… J’ai senti une étreinte dans mon dos… Mes larmes ont coulé… puis, il est reparti… Merci papa… touché… ❤️ 

J’ai voulu laisser une trace de mon passage sur son mémorial, une présence de moi. J’avais vu que mon frère et ma soeur avaient chacun mis une petit pierre avec « chère papa » écrit dessus. En repartant, je suis repassé par la petite boutique où en venant j’avais demandé mon chemin. J’ai tenté ma chance et j’ai trouvé une corbeille avec des pierres semblables. Il n’en restait qu’une avec l’inscription qui me fallait. Je l’ai acheté et je suis retourné pour le poser avec celles de mon frère et ma soeur. 

Je vous souhaite une délicieuse journée ou soirée… ∞❤️∞ 

Michael




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Michael in Modi’in, Israël 🇮🇱 

It was like I was on autopilot. As soon as I woke up, I washed, shaved and dressed in long black jeans and shirt with long sleeves. For me I went to a place of worship, like a synagogue and I didn’t want to offend anyone or go wrong in the event that there was a dress code. I even put my kippah in my bag. Half an hour later, I was already on the bus which arrived at the same time as me. The journey to my father’s grave had begun.

There was nothing I could do but stay connected to him, to myself, and to the journey. My cards of the day validated the idea that this day was only for him. So I spent the entire route reviewing our story on the imaginary screen in my head. At the same time, unintentionally of course, I was talking to you, I was already writing my article, trying to put words into what was happening to me. Normal, I am an actor, observer AND reporter of my epic.

Since the time I was looking for answers, I understood everything about everyone’s story … from that of my father, my mother and mine … to the point that there really is nothing more to understand. If I wanted to tell it to someone today, it would take me hours. Three complex and traumatic stories set against a backdrop of diaspora, holocaust and family drama. Three young and bruised people trying to do the best with what little was left. Three people on behavioral tracks with no possibility of deviating … except me … maybe …

I am at peace with my parents. There is nothing to forgive. However, deep inside me I feel I failed. I really tried everything to have a normal relationship with my father, and that for many years. I ended up leaving everything … and despite all my transformation, rather magical, I have a strong feeling of failure. Fortunately, my conscience is there to remind me that I really did my best and that there was too much that happened beyond my control. It was unmanageable and ultimately unrecoverable … I know that everything that happens beyond my influence, is life itself that is at work. Yet I am still not at peace with myself … Today I am integrating the notion that « that’s the way it is! », because that’s all that remains …

The trip lasted 2 hours and around 9:15 the bus was entering in what I thought was a neighborhood in Petah Tikva. When I saw large spaces with stelae, I understood that the bus was driving straight through the territory of the cemetery, which was huge. These spaces separated with rows of trees reminded me more of parking lots. When, after asking for the way, I realized that my father’s grave was in a building on the first floor, I was no more surprised than that.

I had never seen such a thing. In addition, the building reminded me of a covered parking with several floors. On each floor, the graves were arranged like cars, one next to the other. The very principle of « burying » someone made no sense here. It didn’t really bother me, I just wasn’t used to it. Besides, I think I understood why this is happening. According to Jewish law, a tomb cannot be destroyed after a certain number of years, as is the case in other religions. So there must be a shortage of sites and it makes sense to build up high and make tomb buildings.

Thanks to the little Hebrew that I mastered, I quickly found the building and the floor where my father was to rest in this funeral labyrinth. On the other hand, the paths and the graves were not marked and I had to start going grave by grave in search of my father. Fortunately, I quickly understood that people were « buried » chronologically. When I also understood that those who died in 2019 were used to finish the rows, I was able to go about it in a more intuitive way. It took me about half an hour to find my father … It was already difficult during his lifetime to find him and I took this search rather as a blink of an eye.

The first thing that surprised me was the length of the tomb. My father was six feet tall and I was wondering how they got him inside. Considering the height, I think he is lying diagonally with his head up and his feet down. I found a chair somewhere and sat down for a little while by its memorial. I felt that he was not there … I can feel him in my room at the moment and I also sometimes felt him on the way … and luckily that sad grave parked on the first floor is not his home.

I just wanted him to know that I love him, that I have always loved him and that I will always love him … no matter what history we had to go through together. At the soul level, at the essential level, it doesn’t matter. As I write these lines, I feel he is there, I feel moved. I whisper that I love him so much and I feel chills go through my body … What I had hoped to experience there is just simply happening in my room …

I had to put my computer down for a few moments and I spoke to him softly … I told him that I love him, I asked him for forgiveness … I felt a hug on my back … My tears flowed … then he left … Thank you dad … touched … ❤️

I wanted to leave a trace of my passage on his memorial, a presence of myself. I had seen that my brother and sister had each put a small stone with « dear dad » written on it. On leaving, I went back to the little shop where, on my way, I had asked for directions. I tried my luck and found a basket with similar stones. There was only one left with the inscription I needed. I bought it and went back to put it down with my brother and sister’s.

I wish you a delicious day or evening … ∞❤️∞

Michael

8 commentaires sur « Visite à mon père ~ Visit to my father »

  1. Merci pour ce partage Michael.
    C’est beau et doux de m’imaginer un jour dans cet échange avec ma mère, et c’est un point d’appui important pour avancer sur mon chemin de pardon.
    Je t’embrasse et te souhaite une douce journée

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Michael
    Oui je suis touchée par ton récit : ressentir la présence aimante de l’autre malgré tout…
    Cet après-midi je vais assister aux obsèques du frère d’une amie : il s’est suicidé. Nous lui souhaiterons de reposer en paix.
    Que la paix soit aussi entre nous vivants !

    Aimé par 1 personne

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