Ma mère à Belsen ~ My mother in Belsen

Michael à Fort-de-France, Martinique 🇲🇶

J’ai trouvé une vidéo où ma mère apparaît au moment de la libération de Bergen-Belsen ! Elle n’avait que 7 ans quand la guerre a éclaté et seulement 9 ans et demi quand elle a été déportée là-bas. Je ne sais pas grand chose de ce qu’elle a vécu exactement. Elle n’en parlait pas. Elle ne pouvait pas. En même temps, elle n’en avait pas vraiment besoin, car je sentais dans mes tripes les horreurs qu’elle avait traversées. A force d’avoir vécu avec cette femme qui souffrait en permanence du KZ-syndrome, le syndrome des rescapés, j’ai reçu la mémoire à vif de ses horreurs par le biberon. Les symptômes du syndrome étaient tellement forts, qu’en tant qu’enfant sauveteur de sa mère, j’ai tout récupéré par transfusion affective. C’est peut-être difficile à comprendre comment c’est possible, mais comme beaucoup d’autres, elle est morte beaucoup plus tard à cause des séquelles de l’holocauste. Pour elle c’était 34 ans plus tard, à seulement 47 ans, d’un double cancer.  ♋️

KZ-Syndrome

Ce syndrome, s’il tend à répertorier l’ensemble des symptômes dont est susceptible de souffrir un survivant des camps nazis, s’il a permis d’expertiser les rescapés des camps et de leur octroyer des pensions et le statut d’handicapé, n’a pas donné lieu à des dispositifs psychothérapiques singuliers, ni efficaces. Les rendez-vous chez les experts psychiatres – au dire des survivants et de leurs enfants – étaient des épreuves difficiles qui induisaient une reviviscence des traumatismes. Les jours qui suivaient les échanges avec le spécialiste, le survivant était assailli par l’angoisse, victime de crises de panique, ses nuits étaient remplies de cris de terreur, que ses proches ne savaient endiguer. En réalité, on ne connaît pas de survivant sorti du cabinet de l’expert, un certificat de bonne santé psychique entre les mains.

Le KZ Syndrome comprend les symptômes suivants : tension avec hypervigilance, irritabilité, nervosité, hyper activité, troubles du sommeil, comportement d’évitement, cauchemars, souvenir récurrents de la période de persécution, symptômes d’anxiété, dépression, plainte de céphalées, fatigues, sueurs, vertiges, isolement social, etc.

« Nous sommes tous morts au Lager, tous. Un rescapé n’est qu’une apparence, une illusion à face humaine, qui continue à baiser, à manger, à travailler, à penser. Comme une dent dévitalisée. Elle est morte et continue sa fonction, mordre, dévorer, mais à l’intérieur c’est creux, vide… » Joseph Bialot

L’impact des parents survivants de l’holocauste a créé une génération entière d’enfants très perturbés, dont je fais partie. Beaucoup d’entre eux n’ont pas fait d’enfants, n’ont pas réussi leur vie, cherchent toujours à comprendre… et certains sont carrément morts, eux aussi, des conséquences de l’Holocauste. Beaucoup ont du faire de longues thérapies pour comprendre leurs parents taiseux, pour comprendre leur propre fonctionnement et pour apprendre à vivre avec cet héritage horrible. Il m’en a fallu 30 ans… et malgré cela, je suis devenu comme mes ancêtres, un juif errant, sans possession, sachant vivre de peu… et toujours préparé au pire ! Heureusement que j’ai eu la grâce d’avoir été guidé dans l’Art de transformer toute cette noirceur en Lumière. Aujourd’hui, je suis en paix avec mon histoire, avec mon histoire familiale et avec l’histoire des juifs. Il paraît que même la troisième génération subit des séquelles importantes… 🌈

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Mon article du jour est pour commémorer ma mère et pour rendre hommage à une femme, Hetty Verolme, grâce à laquelle elle a pu survivre et sans laquelle je ne serais probablement pas là. Ma mère ne parlait pas de son histoire, comme beaucoup de survivants. C’était impossible pour elle de revivre ses souvenirs. Elle ne pouvait même pas voir les parodies innocentes sur la guerre à la télévision, comme Papa Schultz. Je ne connaissais pas l’existence d’Hetty, qui avait à peu près 2 ans de plus que ma mère. C’est vers 2010, il me semble, que j’ai reçu un livre d’un oncle en Amérique (sérieusement), que je ne connaissais pas non plus. Ce livre s’appelait « The children’s house of Belsen » et racontait l’histoire d’Hetty, de ma mère et d’autres enfants dans le camp de concentration. Elle était facile à reconnaitre dans le livre, puisque des Phoebes il y en avait pas de tonnes. Le livre était écrit par Hetty… 📖

En 1943, alors que Hetty avait 12 ans, sa famille fut d’abord transportée au camp de Westerbork au Pays-bas, pour un court séjour, puis au camp de concentration de Bergen-Belsen. À Bergen-Belsen, Hetty et ses frères, Max et Jack, ont été envoyés au baraquement 211, également connu sous le nom de Maison des enfants.

Sœur Luba, une prisonnière polonaise, a sauvé les enfants et a pris l’entière responsabilité du groupe. En raison de son âge, Hetty a été chargée de surveiller les petits enfants là-bas. Elle est devenue connue sous le nom de « La Petite Mère ».

La nourriture et l’eau étaient très limitées et les conditions dans la baraque étaient mauvaises. Hetty comptait sur d’autres enfants plus âgés pour le soutien et la bonne humeur parmi le nombre croissant d’enfants. Sœur Luba avait d’autres femmes pour l’aider à protéger les enfants ; cependant, beaucoup sont morts. Leurs corps ont été entassés sur un monticule juste devant la Maison des Enfants.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale était dans ses derniers mois, le camp a connu une épidémie de typhus. Hetty est tombé malade, comme ma mère, mais a survécu. En avril 1945, l’armée britannique libère Bergen-Belsen.

Hetty est toujours vivante et vit en Australie. Elle garde la mémoire de ce qui s’est passé vivante en partageant régulièrement son vécu. C’est elle qui m’a fait connaître la vidéo où ma mère apparaît. Merci Hetty 🙏 

Ci-dessus vous voyez Hetty. Même si je ne l’ai jamais rencontrée, il y a un lien invisible entre nous et de temps en temps nous échangeons un petit message. Je me sens toujours honoré quand elle prend du temps pour me répondre, car malgré son grand âge elle est toujours très occupée. C’est une vraie ambassadrice des survivants, mais aussi de ceux qui ne sont pas revenus. Pour voir ma mère il faut cliquez sur le lien suivant : https://www.bbc.co.uk/programmes/p064npj7 . C’est un petit reportage du BBC de 2018 et vous pouvez la voir après exactement 1 minute 57, parmi d’autres enfants qui s’approchent du barbelé. C’est la fille avec une sacoche à l’épaule. Il se peut que votre navigateur ne puisse pas lire la vidéo. C’est le cas pour moi avec Safari sur mon Mac. Mais en mettant le lien dans Google Chrome, ça marche parfaitement. 💻

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J’ai du mal à la reconnaître. C’est une jolie petite fille et malgré les atrocités qu’elle a dû vivre et voir pendant 2 ans et demi dans ce camp de la mort, j’ai l’impression de voir encore un peu d’innocence dans son regard… quelque chose que je n’ai jamais vu chez elle plus tard. Le jour du tournage ils ont dû être heureux comme jamais auparavant. Pourtant, son père a été battu à mort  à coup de bâton dans ce camp, sa mère était dans les mines de sel en Norvège, elle ne reverrait plus jamais la majeure partie de sa famille… et sa vie n’allait plus jamais retrouver une normalité saine. Le seul moment où elle a été à mon avis vraiment heureuse c’était en Israël entre 1952 et 1962… puis quand elle y est retournée juste quelques mois avant son décès. 🇮🇱 

Bergen-Belsen, parfois appelé tout simplement Belsen, était un camp d’extermination nazi situé au sud-ouest de la ville de Bergen, en Basse-Saxe (Allemagne) où 53000 juifs ont trouvé la mort dans des circonstances atroces et inimaginables. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait toujours réfléchir. D’une part, ça me montre de quoi l’homme est capable avec son inconscience, son intolérance, sa peur de la différence, sa primitivité et sa colère accumulée. D’autre part, ça me permet de mettre les pendules à l’heure en me rappelant que nous n’avons aujourd’hui pas de vrais problèmes… que des inconforts ! 🙏 

Je vous souhaite une journée, soirée ou nuit plein de douceur… où que vous soyez… ∞❤️∞ 

Une chanson hollandaise célèbre où les gens d’Amsterdam pleurent « leurs » juifs… 

4 commentaires sur « Ma mère à Belsen ~ My mother in Belsen »

  1. Je suis heureuse que vous ayez pu retrouver ces rares images de votre maman…
    Je n’ai rencontré dans ma vie la première personne ‘juive’ qu’à l’âge de 25 ans dans un centre de cure thermale où elle tentait de soigner son inguérissable dépression. Elle s’appelait Cypora Reznik et ne s’est jamais remise de ces épreuves trop dures. Sa fille a écrit une monographie pour retracer l’histoire de sa famille « Réveil tardif d’une enfant caché »… En tant que non-juive, il me semble impossible de ‘saisir’ l’intensité de la douleur vécue…

    Aimé par 1 personne

  2. bonjour, j’ai connu ,par ma mère qui a 87 ans aujourd’hui, des femmes polonaises déportées en Allemagne. Certaines décédées aujourd’hui mais celle qui a le plus témoigné a 95 ans et se porte très bien. Elle a été embarquée dans un camion à Varsovie à la sortie du cinéma avec son amie (elles avaient environ 15 ans), elle n’a revu que très tard sa famille et a vécu dans le Nord de la France suite à la libération, mariée et mère de famille, elle racontait l horreur des camps. Mon oncle déporté qui, toute sa vie a parlé car il ne supportait le gaspillage alimentaire, a transmis à sa petite fille ses angoisses qui souffre d anorexie depuis l adolescence. tout cela est bien triste !

    Aimé par 1 personne

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