Chers Yaron et Sigal ~ Dear Yaron and Sigal

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Michael à Netanya, Israël 🇮🇱 

Chers Yaron et Sigal,

Je vous ai aimé dès que je vous ai vu pour la toute première fois. Je me demande encore aujourd’hui comment c’était possible. Est-ce que c’était parce que nous partagions le sang de notre père ? Ou peut-être parce que j’avais profondément envie de faire partie d’une famille ? Ou simplement parce que vous étiez craquants tous les deux ? Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais cessé de vous aimer d’une force égale. C’était difficile pour moi de vous voir vous éloigner de moi au fil des années. Je comprends pourquoi… et je ne vous en veux pas… mais vous me manquez beaucoup. 

Je me rappelle encore la toute première fois que je vous ai vu. C’était en 1981, je pense. J’avais 24 ans et j’étais encore officier dans l’armée. Yaron en avait 14, il me semble, et Sigal 12. Je vois encore Yaron avec sa tête coiffée en afro, un peu en retrait vis-à-vis de moi. Pourtant, je me suis senti proche de lui tout de suite. Avec Sigal c’était plus fort encore. C’était un coup de foudre immédiat et réciproque. Je me souviens qu’au début j’allais vous chercher à l’école et ensuite jouer un peu au basket avec Yaron. Il fumait un peu de haschich et notre père avait demandé de garder un oeil sur lui. Ça ne me plaisait qu’à moitié. Avec Sigal je me promenais quand il fallait sortir Chipie, votre chien, puis je jouais avec elle surtout quand nous allions à la piscine. 

Certaines choses de ce que je vais écrire ne vous plairont peut-être pas. J’ai juste besoin, au moins une fois, de vous partager mes sentiments sans faire attention, comme je l’ai toujours fait auparavant, de vous heurter. Sachez que je n’avais pas voulu rencontrer notre père à cette époque. Ma mère était décédée deux ans auparavant et j’étais juste venu pour vendre l’appartement qu’elle m’avait laissé à Kyriat Ono. C’était des amis qui me poussaient sans cesse d’aller voir mon paternel. Rosa, ma meilleur amie à l’époque, était même venue avec moi en Israël pour me soutenir.

J’étais fâché après lui. Je lui en voulais de son absence, de son désintéressement et de cette distance affective entre nous. De vous rencontrer était un cadeau inattendu et inestimable. Je me souviens du plaisir que j’avais à passer du temps avec vous. Mais, dès le début, notre lien, notre Amour partagé était miné. La source du problème était notre père et la différence de la relation qu’il entretenait avec moi et avec vous. Vous aviez tout de lui et moi, alors que je n’avais rien. Pourtant, je n’étais pas jaloux. C’était comme ça. Je ne voyais pas ce que vous aviez… mais, je constatais jour après jour ce qu’il ne me donnait pas. 

Quand nous parlions de notre père, surtout avec toi Sigal, vous ne me compreniez pas. Vous ne compreniez pas que ma relation avec lui pouvait être difficile et dure… puisque pour vous, il était un père très présent, attentif et aimant… souvent trop même. C’était rapidement devenu un sujet qui fâchait, et je l’évitait de plus en plus. Je suis venu vous voir de temps en temps en Israël. Je pense que j’ai visité le pays à peu près une dizaine de fois. Doucement très doucement, malgré l’amour réciproque, notre lien s’étiolait. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui s’est passé. 

Vous ne le voyez peut-être toujours pas, mais pour moi, aujourd’hui, rétrospectivement, c’est clair comme du cristal. Dès que notre père a vu la force de notre lien, il commençait à s’interposer. Je me rappelle encore de la toute première fois. Dès que l’avion avait atterri pour ma deuxième visite et qu’il m’a vu, ses premiers mots étaient de vous laisser tranquille parce que vous aviez beaucoup de devoirs. Alors, après m’être ennuyé une semaine à la maison, je suis descendu en bus vers Eilat. Je m’y amusais beaucoup et j’ai appelé Sigal pour dire que je revenais un jour plus tard que prévu. Elle s’est mise à pleurer et mon père lui a pris le téléphone pour m’engueuler d’une manière dé-proportionnée et non-appropriée. C’était le début de la fin déjà… 

Avec les années, il a réussi à mettre de la distance entre nous. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il était tout simplement jaloux de notre relation. Avec les années, je me suis senti de moins en moins le bienvenu chez lui. Les échanges et partages entre vous et moi devenaient progressivement de plus en plus sommaires. Il y a 10 ans, il m’a dit que vous étiez fâché contre moi. Je n’ai rien compris. Quand j’ai demandé pourquoi, il m’a dit que j’avais tout gâché et que je n’avais qu’à venir pour réparer mes erreurs. Wow, je suis tombé de haut… De toute ma vie, j’ai reçu deux cadeaux de lui. Un d’eux était le billet d’avion pour ce voyage où il allait falloir que je m’explique. 

Ça s’est mal passé. Plus que d’habitude, il cherchait à me provoquer sans cesse. En même temps, je l’ai entendu encore une fois parler mal de moi à vous. L’hébreu rudimentaire que j’avais suffisait pour le comprendre. Alors, quand il a commencé à insulter mes amis un peu plus tard, j’ai explosé… enfin, après 50 ans de frustration. Je l’ai engueulé pendant 40 minutes et je suis parti le lendemain… pour ne plus jamais le revoir. Je ne sais pas comment il vous a systématiquement traduit les événements. Je sais seulement que les absents ont toujours tort. Quand il est décédé, je me suis senti libéré. Je ne suis pas allé à son enterrement, mon père avait disparu quand j’avais 5 ans et demi… sans jamais revenir.

Après cela, j’ai revu Sigal encore deux fois. Il ne restait plus grand chose de la chaleur qu’il y avait entre nous. C’était superficiel. Yaron et notre père ne se sont carrément pas montrés. Je pense que c’était mon choix, plus tard, de ne pas venir à l’enterrement de notre père qui a fait déborder votre vase et qui a achevé notre lien. Mais, je doute, car notre père m’avait dit que je n’aurais rien à son décès. Pour lui, j’avais déjà eu mon héritage. Il considérait, injustement, que l’appartement que j’ai eu jeune, après le décès de ma mère, venait de lui. Il est possible qu’il vous a incité à ne pas partager l’héritage… et pour cela, il fallait bien évidemment m’éviter après sont départ… puisque ce n’est pas possible légalement. Au fond, je m’en fous. Ce n’est pas son argent qui m’intéresse… c’est vous !

Ça fait presque deux ans que je suis en Israël. Notre père parti, je pouvais enfin rentrer à la maison. J’avais espéré, malgré tout, de vous retrouver aussi. J’ai envoyé deux messages à Sigal pour signaler ma présence. Le deuxième était carrément une déclaration d’Amour. Il n’y a pas eu de retour… alors, je n’ai pas insisté. Je pense comprendre ce qui se passe. Bien évidemment, je ne sais pas ce que vous pensez de moi. Ce n’est certainement rien de glorieux. Mais, comment faire ? Je n’ai plus la force de me justifier comme dans le passé et d’essayer de vous démontrer que je n’ai rien fait de mal. Je suis conscient que vos convictions vous appartiennent et que je ne peux rien faire pour changer ce que notre père vous a inculqué, me concernant, pendant 40 ans.

Je vais partir dans 3 semaines. Je suis venu en Israël pour terminer mon histoire vis-à-vis du pays et de ma famille… et c’est fait. Je n’ai plus rien à faire ici. Votre silence depuis mon arrivé parle d’elle-même. Je vous aime toujours, mais je comprends et respecte votre choix de ne pas vouloir me garder dans votre vie. Je partirai le coeur léger et sans regrets. J’ai fait ce que j’ai pu… mais sans vous, ma présence n’a aucun sens ici. Mon coeur, mes bras et mes portes vous seront toujours ouverts… à vous, votre mère et vos enfants. Le jour qu’un d’entre vous en aurez besoin ou envie, je serais là. En même temps, si je ne vous revois plus jamais, ce qui est probable, j’espère que votre vie soit longue, belle, abondante et heureuse. 

Je vous aime…

Votre frère

Comme c’est bon d’être ensemble…

4 commentaires sur « Chers Yaron et Sigal ~ Dear Yaron and Sigal »

  1. Je me sens anéantie par cette lettre, j ai mon cœur qui se sert.. je ressens des bribes de ton récit dans la vie dans mon passé idem toutefois moins violent …moi c est ma mère qui m à repousser au second plan… Namasté Michaël,
    Si je me permets tu es un frère de cœur et cela j en suis persuadé, pour moi tu es un frère guide, enseignant..merci

    Aimé par 1 personne

  2. Les larmes me montent aux yeux en te lisant ; Pour moi c’est la souffrance de mon fils que je ressens à travers tes mots qui vit une histoire similaire avec son père et sa sœur. Quel parcours de Vie que le tien pour arriver aujourd’hui à partager tout cela avec tant d’Amour!

    Aimé par 2 personnes

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