Une histoire de dent ~ A tooth story

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Modi’in, IsraĂ«lÂ đŸ‡źđŸ‡±Â 

J’ai voyagĂ© et vĂ©cu pendant environ un an et demi avec une molaire cassĂ©e. Je n’avais pas vraiment l’intention de la faire rĂ©parer. Comme une Ă©popĂ©e fantastique, chaque choix que j’ai fait ces derniĂšres annĂ©es, Ă©tait un choix de vie ou de mort. Chaque fois, j’ai pris des risques Ă©normes, sans pouvoir faire demi-tour, car dĂšs que j’avançais un petit peu, je dĂ©truisais systĂ©matiquement les ponts et les bateaux derriĂšre moi. En me dĂ©pouillant au fur et Ă  mesure, il Ă©tait clair que je n’allais pas m’en sortir vivant. Alors, Ă  quoi bon de me faire soigner un dent ?

J’ai Ă©tĂ© tout prĂȘt d’expirer mon dernier souffle et de quitter la scĂšne quand j’ai vu la voie de passage vers IsraĂ«l en octobre 2019. Je suis sĂ©rieux, ce ne sont pas que des mots. Je sais ce que c’est que de tout perdre… et en effet, comme le dicton le dit, en revanche j’ai tout gagnĂ©. Ma neuviĂšme vie toute neuve a belle et bien commencĂ©. Je me sens toujours aussi libre et prĂȘt Ă  partir pour suivre la voix de la Divine… malgrĂ© les fils illusoires par lesquels la sociĂ©tĂ© semble me tenir un petit peu. J’ai reçu une petite aide financiĂšre de l’Etat… je suis Ă  nouveau dans le systĂšme de la sĂ©curitĂ© sociale et de l’assurance maladie… et j’ai mĂȘme recommencĂ© Ă  accompagner…   

Il est clair qu’avant de dĂ©ployer mes ailes, j’ai besoin de me rĂ©cupĂ©rer. Le temps du confinement, Ă©tendu jusqu’Ă  ce jour, m’a permis de rĂ©parer l’histoire de mon dĂ©part d’ici le 6 juin 1962. Ça semble avoir marchĂ© ! Normalement, autour de cette date fĂ©tiche, depuis que je suis jeune, je suis pris d’allergie. L’allergie est Ă  la base un conflit intĂ©rieur liĂ© aux multiples sĂ©parations vĂ©cues d’un coup. C’est trĂšs clair dans mon cas. Cette annĂ©e, je n’ai aucune allergie… donc, conflit enfin classĂ© ! Toutefois, Il y a une petite histoire en parallĂšle avec ma dent. Cette molaire correspond Ă  quelque chose liĂ© Ă  ma mĂšre. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends l’Ă©tendue de son histoire.  

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Ma dent s’est brisĂ©e Ă  un moment oĂč je vivais quasiment comme un ermite et oĂč ma vie ne bougeait presque plus. Il est trĂšs clair que mon pĂšre a dĂ» fuir ma mĂšre, trop intense, intransigeante, accaparante et castrante… et que son absence m’a privĂ© d’un mentor, d’un enseignant, d’un re-pĂšre. Le mal de dent correspond souvent Ă  un mal dedans. J’avais un trou de dent, donc un trou dedans. Le vide de mon pĂšre, l’absence de celui que est censĂ© m’apprendre comment explorer et ĂȘtre pleinement homme, m’a empĂȘchĂ© d’aller plus loin. Je me trouvais quasiment en fin de parcours, quand je me suis trouvĂ© Ă  Taillefer en France… incapable de me remettre en mouvement.  

En venant ici en IsraĂ«l, je me suis trouvĂ© confrontĂ© Ă  nouveau Ă  l’incomprĂ©hension quant Ă  mon exile forcĂ©. C’est grĂące aux histoires de ceux que j’accompagne que j’ai compris enfin le vrai niveau de dĂ©sespoir de ma mĂšre, qui l’a rendue invivable. J’ai Ă©tĂ© le dernier auquel elle a pu se raccrocher avant de mourir Ă  47 ans. J’ai Ă©galement compris Ă  quel point sa panique viscĂ©rale de me perdre a Ă©liminĂ© mon pĂšre de son histoire, et ainsi de ma vie. J’ai compris encore mieux comment mon pĂšre, fils d’un hĂ©ros mort trop jeune juste aprĂšs la guerre et d’une veuve patriarche, dont il Ă©tait le sujet oedipien, s’est trouvĂ©, malgrĂ© un potentiel Ă©norme, Ă  survivre toute sa vie comme une pieuvre en manque d’affection. J’ai mieux que jamais compris Ă  quel point, en tant que fils-bouĂ©e-de-sauvetage-et-complice-de-sa-mere, je l’ai empĂȘchĂ© tout seul de m’aimer.

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Je connaissais dĂ©jĂ  la majeure partie de leur histoire. Mais les dĂ©tails, trop nombreux pour les partager en dĂ©tail, que j’ai rĂ©coltĂ©s grĂące aux miroirs divers ces derniers mois, m’ont permis de faire dĂ©finitivement la paix. C’est ce que j’ai Ă©crit il y a quelques jours. Tout Ă  fait par hasard, j’ai eu la possibilitĂ© de me faire soigner mes dents Ă  l’universitĂ© de JĂ©rusalem. Tout Ă  fait par hasard par un garçon dont la mĂšre Ă©tait quelques classes plus bas que moi au lycĂ©e juif Ă  Amsterdam. Tout Ă  fait par hasard, il a eu le temps hier de rĂ©parer ma molaire cassĂ©e. Ses professeurs lui ont dit qu’il me faudrait certainement un traitement pour dĂ©vitaliser la dent et tuer les racines. Heureusement, il est tĂȘtu et avec un camarade de classe il se sont occupĂ©s de moi pendant 3 heures et demie. Je ne vous dis pas comment c’Ă©tait jouissif de pouvoir fermer ma bouche aprĂšs ça !

Ils ont utilisĂ© un amalgame pour remplir le trou, comme j’ai fait moi aussi mon amalgame intĂ©rieur, mon alliage familial Ă©nergĂ©tique… pour combler ce vide avec lequel je vis depuis que j’ai 5 ans. Aujourd’hui mes parents sont enfin rĂ©unis et en paix dans mon coeur. Du coup, comme par hasard, les cours d’hĂ©breu Ă  Tel Aviv vont reprendre. Ce sont mes derniers jours de confinement. J’ai compris que l’Ulpan ouvre Ă  nouveau mardi ou mercredi. J’ai trĂšs envie de me dĂ©placer Ă  nouveau et de voir du monde. Je parle mieux l’iwrieth dĂ©jĂ , je comprends un peu mieux aussi quand les gens parlent. De 30 Ă©tudiants au dĂ©part, il n’en reste que 12 ou 13 avec qui j’ai continuĂ© les cours sur Zoom. MĂȘme à distance, j’ai appris Ă  les apprĂ©cier et j’ai trĂšs envie de les voir en live. En attendant, c’est encore fĂȘte ici. Cette fois-ci c’est Chavouot, deux jours oĂč le peuple juif cĂ©lĂšbre le don que dieu leur a fait de la Thora.

Je nous souhaite une merveilleuse journĂ©e ∞❀∞       




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Modi’in, IsraĂ«lÂ đŸ‡źđŸ‡±Â 

I have traveled and lived for about a year and a half with a broken molar. I didn’t really mean to get it fixed. Like a fantastic epic, every choice I have made during the recent years has been a choice between life and death. Each time, I took enormous risks, without being able to turn back, because as soon as I advanced a little, I systematically destroyed the bridges and the boats behind me. By stripping off as I went along, it was clear that I was not going to make it out alive. So what’s the point of having a tooth treated?

I was ready to take my last breath and leave the scene when I saw the pathway to Israel in October 2019. I’m serious, it’s not just words. I know what it’s like to lose everything … and indeed, I won everything. My ninth brand new life started really and well. I still feel as free and ready to leave to follow the voice of the Divine … despite the illusory threads by which society seems to hold me a little. I received a little financial aid from the state … I am again in the social security and health insurance system … and I even started to accompany again …

It is clear that before spreading my wings, I need to recover. The time of confinement, extended to this day, allowed me to repair the story of my departure of June 6, 1962. It seems to have worked! Normally, around this date, since I was young, I have had allergy. Allergy is basically an internal conflict linked to multiple separations experienced at one moment. It is very clear in my case. This year, I have no allergies at all … so, finally the conflict is solved! However, there is a little story in parallel with my tooth. This molar corresponds to something related to my mother. It is only today that I understand the full extent of its history.

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My tooth broke at a time when I was living almost like a hermit and my life was hardly moving. It was very clear how my father had to flee my mother, too intense, uncompromising, monopolizing and castrating … and how his absence deprived me of a mentor, a teacher, a guide. Toothache often corresponds to an ache inside. I had a hole in my tooth, so a hole inside. My father’s void, the absence of the one who is supposed to teach me how to explore and be fully a man, prevented me from going further. I was almost at the end of the journey, when I found myself in Taillefer in France … unable to start moving again.

Coming here to Israel, I found myself again faced with misunderstanding about my forced exile. It is thanks to the stories of those I accompany that I finally understood the real level of despair of my mother, who made her unlivable. I was the last person she could cling onto before she died at the age of 47. I also understood how her visceral panic of losing me eliminated my father from her history, and at the same time from my life. I understood even better how my father, son of a hero who died too young just after the war and of a patriarch widow, of whom he was the Oedipal subject, was, despite his enormous potential, survived all his life as an octopus in need of affection. I understood better than ever how, as my-mother’s-lifeline-and-accomplice’s-son, I myself prevented him from loving me.

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I already knew most of their history. But the details, too numerous to share in detail, which I have gathered thanks to the various mirrors in the recent months, have allowed me to make peace once and for all. This is what I wrote a few days ago. Quite by chance, I had the opportunity to have my teeth treated at the University of Jerusalem. Quite by chance by a boy whose mother was a few classes lower than me at the Jewish high school in Amsterdam. Quite by chance, he had time yesterday to repair my broken molar. His teachers told him that I definitely needed treatment to devitalize the tooth and kill the roots. Fortunately, he was stubborn and with a classmate took care of me for three and a half hours. I’m not telling you how nice it was to be able to close my mouth after that!

They used an amalgam to fill the hole, as I also made my interior amalgam, my family energy welding … to fill this void with which I live since I was 5 years old. Today my parents are finally together and at peace in my heart. So, as if by chance, the Hebrew lessons in Tel Aviv will resume shortly. These are my last days of confinement. I understand that the Ulpan opens again Tuesday or Wednesday. I really want to move again and see the world. I speak better iwrieth already, I also understand a little better when people speak. Of 30 students at the start, there are only 12 or 13 left with whom I continued the lessons on Zoom. Even from a distance, I learned to appreciate them and I really want to see them live. In the meantime, it’s still a holiday here. This time it is Shavuot, two days when the Jewish people celebrate the gift of the Torah by God.

I wish us a wonderful day ∞❀∞

2 commentaires sur « Une histoire de dent ~ A tooth story »

  1. un petit coucou en passant, une étincelle de lumiÚre est venue allumer mon intérieur assombrit comme dis en mp
    Namasté Michaël, belle soirée

    Aimé par 1 personne

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