Cagnes-sur-Mer (06), France 🇫🇷
Je n’ai pas assisté à un service de Shabbat depuis le 2 août 1979, jour de la mort de ma mère. Lorsque je me rendais sporadiquement à la synagogue libérale du sud d’Amsterdam, je connaissais la plupart des gens. La communauté juive d’Amsterdam n’était pas très nombreuse après la guerre. C’étaient des Ashkénazes, des Juifs d’Europe occidentale. Ici, dans le sud, nous avons principalement des Séfarades, originaires de la région méditerranéenne. Ce sont 2 cultures différentes et même si je viens d’un père d’origine ashkénaze et d’une mère d’origine sépharade, je ressemble plus à un juif d’Europe occidentale et je me sens plus à l’aise avec eux. ✡️
C’est drôle que les deux courants juifs portent le nom des deux peuples qui les ont le plus fait souffrir, car Ashkénaze signifie allemand et Séfarade signifie espagnol. Mis à part certains traits physiques possibles, un Ashkénaze se fond parfaitement aux citoyens d’Europe occidentale, tandis qu’un Sépharade ressemble souvent davantage à un Arabe. Bien sûr, ces jours-ci, c’est un peu mélangé. Une anecdote dit qu’on peut voir la différence dans leurs habitudes alimentaires, car un Ashkénaze mange un peu de pain avec son repas et un Sépharade mange un peu de nourriture avec son pain ! 🥖

L’époque où j’allais parfois à la synagogue, une fois par an maximum, se situait entre ma bar-mitsva à 13 ans et le départ de ma mère à 22 ans. Même si je pouvais me sentir fier de mes origines et me sentir vraiment différent, car je suis né dans le pays saint, en grandissant, ma différence commencé déjà à émerger. Au lycée juif j’étais donc de plus en plus insoumis et réfractaire. Il y avait quelque chose qui n’allait pas pour moi. D’un côté c’était une sorte d’hermétisme, car pour avoir accès à la religion il fallait maîtriser l’hébreu… alors que j’ai occulté ma langue maternelle depuis que j’ai quitté Israël à l’âge de 6 ans. Puis, de l’autre côté, il y avait beaucoup de psychorigidité qui augmentait en fonction du degré de ferveur avec lequel quelqu’un pratiquait. 🛐
Les libéraux étaient plutôt cool, ils conduisaient souvent le Shabbat, ne mangeaient pas nécessairement casher, allaient à la synagogue surtout pour les mariages et bar-mitsvas et ne célébraient généralement que les deux fêtes principales, le réveillon du Nouvel An juif et le jour du grand pardon. Ensuite, il y a toute une gradation de degré de religiosité avec des noms différents, pour finir à l’extrême opposé, les ultra-orthodoxes, ceux qui se promènent en noir, avec des chapeaux, laissant pousser leurs papillotes bouclées, ou payottes … puis, dévoilant les franges, ou tsitsit, d’une sorte de poncho fin qui se porte sous la chemise. Certains camarades de classe avaient vraiment le don de m’énerver au point que cela se terminait parfois par de véritables bastonnades. 🤼♂️

Bref, lorsque j’ai assisté à la commémoration des déportés au centre-ville la semaine dernière, j’ai eu l’étrange besoin de m’affilier aux quelques juifs présents. Je pense que j’étais le seul à avoir encore des membres directs de ma famille qui avaient été déportés, et quelque chose en moi voulait étrangement que quelqu’un le sache. Ainsi, à la fin de la cérémonie, j’ai sympathisé avec une famille et rapidement, ils m’ont incité à venir au service du Shabbat suivant. Cela ne m’attirait pas vraiment, mais je le voyais comme un signe donné en langage clair. Pour moi, c’était la Vie qui me convoquait. Alors samedi dernier, j’y suis allé. J’étais carrément déjà là au début du service, vers 8h45. 🙏
C’était drôle, car à la porte quelqu’un m’a demandé ce que j’étais venu faire, certainement parce que je n’avais pas l’air d’un sépharade. Immédiatement, quelqu’un d’autre m’a proposé de mettre la couverture de prière, ce que j’ai d’abord refusé. Cependant, ils savent très bien comment s’y prendre, alors 30 minutes plus tard, j’en avais un autour des épaules. L’odeur et l’ambiance m’étaient très familières. On dirait que les synagogues sentent toutes pareilles. Quand je suis arrivé, il n’y avait qu’une dizaine d’hommes, puis les gens arrivaient à compte-gouttes et vers 10h30 la petite synagogue était pleine avec une soixantaine de personnes… et bien évidemment les hommes devant et les femmes au fond derrière les vitres. J’ai donc observé ce qui se passait dans la pièce et en moi. Le rabbin est rapidement venu me voir. Ils voulaient que je sois l’un des dix hommes qui lisaient directement la Torah. 📜

C’était un peu trop pour moi, d’autant plus que je ne lis pas l’hébreu assez vite. J’ai donc refusé. Cependant, un peu plus tard, quelqu’un est venu me donner mon numéro. C’était le 4ème… que j’ai refusé avec un peu plus de fermeté. Alors, j’ai continué à observer. Comme d’habitude, les textes ont été lus à une vitesse étourdissante. Je me souviens avoir ressenti surtout de l’embarras et de la pitié. J’ai surtout été gêné par l’affirmation qu’un peuple peut croire qu’il est le seul aimé de Dieu, l’élu, et l’orgueil stoïque qui en résulte. J’ai eu pitié de tous ces gens ignorants des mensonges des religions en général, devenus victimes inconscients d’un lavage de cerveau généralisé. Les œillères mises par nos parents et nos éducateurs nous empêchent clairement de voir au-delà de notre nez et de toute forme de mise en question de soi… 👃
Cela faisait bien longtemps que je ne me sens plus vraiment juif, sans pour autant renier mes racines terrestres. Même si je me suis baptisé tout seul en 1996, je ne me sens plus affilié à aucune religion, mais plutôt à notre culture païenne ancestrale d’origine. Ma visite m’a plutôt confirmé à quel point je ne m’étais pas trompé sur mon chemin et que je ne suis qu’un humble maillon de la chaîne de la Grande Famille Humaine où tous sont égaux. J’ai compris, une fois de plus, à quel point le défi de co-créer une harmonie respectueuse entre nous tous est énorme… avec tous ces humains réunis en groupements religieux, athées ou spirituels, bien campes dans leur conviction, proclamant et défendant avant tout leurs différences. 😅
Je vous souhaite une délicieuse journée, soirée ou nuit… où que vous soyez… ∞❤️∞
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C’est toujours un plaisir de te lire merci infiniment pour ton partage Mickaël Mais j’avoue que je reste sur ma soif… Est tu passé ??? finalement tu n’as pas lu… Tu aurais aussi pu faire un discours avec ton parcours et ta vision de la vie ✨☺️🙏
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Merci Séverine… heureux que tu sois toujours là. Non, je n’ai pas lu finalement. Ce n’était pas compliqué, car le rabbin était très occupé et c’était le souk, entre les enfants qui jouait, les hommes qui parlaient entre eux et les gens qui entraient et sortaient. Chez les ashkénaze c’est beaucoup plus calme et ordonné… Ha, et faire un discours avec ma vision ? Il n’aurait pas compris… en plus, le service, avec la vitesse de lecture grand V, dure déjà 3 heures !!! 😘
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