Hommage à mon grand-père Max

Cagnes-sur-Mer (06), France 🇫🇷

Par mon écrit d’aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à mon grand-père et à mon père. C’est mon grand-père qui est le héros de l’histoire extraordinaire que je vais vous partager, et c’est mon père qui me l’a racontée. Et en réalité, c’est la seule histoire qu’il m’a jamais partagée. Il s’agit donc de mon grand-père Max, le père de mon père, que je n’ai jamais connu. Selon mon père, grand-père Max était un homme d’affaires à Berlin, avant la guerre, et il semble qu’il fût assez connu. C’était un homme petit en taille. J’ai compris qu’il mesurait environ un mètre soixante. Toutefois, il avait un grand cœur et c’était un grand homme dans les affaires.

L’origine de l’histoire, et ce qui la rend si spéciale, est qu’un de meilleurs amis de mon grand-père était sergent-chef dans l’armée allemande… et qu’il avait sous ses ordres le corporal Hitler. Hitler était simplement « estafette » pendant la première mondiale et portait en courant les messages d’une unité à une autre. Grâce à cet ami, mon grand-père semble avoir connu les projets d’Hitler quasiment tout de suite. Ainsi, quand les problèmes commençaient à se manifester en Allemagne, très rapidement, en 1935, il a quitté le pays avec toute sa famille pour s’installer à Amsterdam.

Arrivé à Amsterdam, il a ouvert, en 1936, un salon de thé où il vendait de la pâtisserie et des glaces. L’endroit est devenu très connu et non pas seulement à cause de la qualité. Anne Frank, que tout le monde connaît bien évidemment, de par son journal qu’elle a laissé après sa déportation, venait y acheter ses glaces. Après le décès de mon grand-père, c’est devenu un snack où j’allais régulièrement acheter des frites et d’autres délicatesses typiquement hollandaises. L’endroit a été vendu récemment d’une telle manière que même le nom a disparu.

Anne Frank était dans la même école où mon père allait et où je suis allé des années plus tard aussi, le « Vondelschool ». Elle parle même, dans ce livre, à un moment donné d’une fille qu’elle trouvait ennuyeuse. Alors, il semblerait qu’elle parle de l’amie de sa sœur Margot, ma tante, la sœur de mon père. Quand quelques années plus tard la guerre a éclaté aussi aux Pays-Bas, toute la famille a pris le bateau pour aller en Angleterre. Mon grand-père avait prévu tout ça, loin d’avance… Il savait, c’était un homme visionnaire.

Mais sur le chemin vers l’Angleterre, les bateaux se sont fait bombarder par la Luftwaffe. Ils ont dû se replier à Amsterdam. Et, bien évidemment, rapidement, les Juifs ont été appelés pour aller dans les camps « de travail ». Les gens pensaient réellement que c’étaient des camps de travail. Mon grand-père maternel, par exemple, est innocemment parti vers Bergen-Belsen avec sa petite valise pour faire de la peinture. Mon grand-père Max n’était pas fou, il savait très bien que ce n’étaient pas des camps de travail… Alors, il se mutilait fréquemment de manière volontaire.

Il paraît qu’il se coupait ainsi le tendon entre le pouce et l’index, pour avoir une excuse de ne pas aller dans ces camps de travail. Le commandant du Gestapo, Seyss-Inquart, était, comme mon grand-père, un homme intelligent. Il semblerait qu’ils savaient bien communiquer ensemble. J’ai compris qu’il y avait une rivalité entre eux. Mon grand-père savait systématiquement se dérober de sa déportation… et Seyss-Inquart faisait tout pour le coincer. Quand les Juifs ont été mis dans les ghettos, par exemple, dans la partie Est d’Amsterdam, près du zoo municipal et d’un théâtre très connu, mon grand-père a su rester en dehors en prétextant qu’il faisait à manger pour les gens à l’intérieur du ghetto… ce qui était certainement vrai.

J’ai compris qu’une des choses qui ont rendu mon grand-père si connu, c’est que dans la boutique, dans le salon de thé, il gardait systématiquement une dizaine de sacs à dos, tout prêts, avec des vêtements chauds et de la nourriture, pour les gens qui étaient pris dans la rue pendant les Razzias… pour les donner pendant qu’ils étaient mis dans les camions. Mon grand-père a réussi pendant assez longtemps à ne pas se faire déporter, jusqu’au jour où il n’a pas pu. Toute la famille habitait dans l’immeuble où se trouvait aussi le salon de thé. C’était à l’angle entre le Geleenstraat et le Maastraat à Amsterdam, un coin que j’aime beaucoup. Quand mon grand-père était déporté, toute la famille l’a suivi volontairement.

Ils ont été déportés à Westerbork, qui était un camp de transfert qui se trouvait encore aux Pays-Bas. Pourquoi est-ce qu’ils font un camp de transfert ? Il semblerait que Hitler, qui était très intelligent, savait bien que les Hollandais n’allaient pas laisser partir « leurs » Juifs comme ça, sans résistance. Alors, il a construit des camps dans le pays même, pour que la résistance puisse tomber. Arrivé dans ce camp, mon grand-père a montré encore une fois à quel point il s’était préparé à toute éventualité. Il a carrément sorti plein de preuves, en quoi en fait, il n’était pas Juif.

J’ai appris plus tard que beaucoup de Juifs s’étaient préparés à cette éventualité. Pour être considéré Juif par les Nazis, il fallait que trois grands-parents soient Juifs. Parce que les parents de mon grand-père n’étaient pas Juifs, il a pu démontrer qu’il avait des membres de sa famille qui n’étaient pas Juifs. Il a même pu montrer qu’il avait un cousin qui était colonel dans la Wehrmacht, qui était mort au front russe. Mon grand-père était arrivé au camp avec des documents, avec des preuves, en quoi il, et sa famille, n’étaient pas Juifs.

Ils sont restés environ 2 mois à Westerbork… le temps que l’administration allemande fasse sa recherche sur la judaïcité de ma famille. À un moment donné, le commandant du camp a convoqué mon grand-père et lui a annoncé qu’il n’était, en effet, pas juif et qu’il pouvait partir. À ce moment-là, un officier a forcé mon père, qui avait environ 9 ans, à baisser son pantalon pour vérifier s’il avait été circoncis. Même ça, mon grand-père avait prévu… car mon père ne l’était pas !!! Alors ça, bien sûr, c’est magique ce qui s’est passé, parce que pas beaucoup de Juifs ont pu quitter les camps comme ça.

Il semblerait que mon père était malade en ce moment-là. Il est donc resté avec sa mère un tout petit peu plus longtemps, alors que tout le monde est rentré à Amsterdam. Pas tout à fait tout le monde, parce qu’il paraît qu’un oncle, qui était un pianiste connu à l’époque, dont la femme était danseuse, n’est pas rentré. Il semblerait que tous les soirs, il devait jouer pour les Allemands, et sa femme devrait danser pour eux. Et, tous les soirs, il a vu sa femme partir avec un autre officier nazi qui allait abuser d’elle. Ça semblerait avoir été trop difficile pour lui, et il paraît qu’il s’est fait mettre avec sa femme sur la liste de transfert… et il n’est donc jamais revenu. Mon père m’avait raconté qu’effectivement, on peut entendre la musique qu’il jouait à l’époque quand on visite Westerbork aujourd’hui.

Selon l’histoire que mon père m’a racontée, la famille est retournée à Amsterdam. Quelques jours plus tard, quand mon père allait mieux et qu’il est arrivé avec sa mère à la gare d’Amstel, ils étaient attendus. Ce n’est pas la gare centrale que tout le monde connaît, mais une gare plus au sud-est. Des amis les attendaient. Ils les ont pressés de faire vite, parce que depuis qu’ils avaient quitté le camp, les Allemands avaient compris, avaient découvert que mes grands-parents ont eu la « choupa », le mariage juif. Et, bien évidemment, on ne peut pas avoir un mariage juif sans être juif. Donc, très rapidement, mon père et sa mère ont été récupérés pour se cacher. Mon grand-père, avant de partir au camp, avait prévu ça aussi !!!

Beaucoup de Juifs ont été cachés au-dessus des placards, dans les espaces vides, chez les habitants d’Amsterdam. Mon grand-père avait creusé chez les voisins en dessous ! Les voisins où ils se cachaient ne savaient même pas qu’ils étaient là. Du coup, ils n’ont pas pu les trahir, même pas involontairement. C’est ainsi que ma famille paternelle a traversé le reste de la guerre. Donc tous ces préparatifs par mon grand-père Max ont fait que ma famille paternelle a survécu. Après la guerre, mon grand-père a repris l’Oasis pendant quelques années. Ensuite, il a recommencé à faire des affaires comme il faisait avant la guerre.

Il paraît qu’il a commencé à acheter une partie du centre d’Amsterdam. Un endroit assez important. Aujourd’hui, il y a un grand cinéma à cet endroit, le City théâtre. Il est mort autour de cette période-là. Je pense qu’il est décédé en 48 à cause de la tuberculose. Il a été considéré comme un grand homme, un héros. Il paraît qu’il y avait plus de 5000 personnes à son enterrement pour lui rendre hommage. Dans le journal était écrit : « Le petit pâtissier vient de mourir ».

Je vous souhaite une délicieuse journée, soirée ou nuit… où que vous soyez… ∞❤️∞  


L’immeuble où vivait la famille Gallasch… et du salon de thé transformé en snack… 😍 

Une chanson célèbre où Amsterdam pleurs ses juifs… 💜


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