Cagnes-sur-Mer (06), France 🇫🇷
Si avant j’aimais m’identifier aux héros dans les films, depuis un certain temps je me reconnais plutôt dans les gens qui sont marginaux, qui n’ont pas su s’adapter et se sont fait recracher dans la rue par la société. Parfois, c’est tellement bien joué que cela me provoque cette sensation de « déjà vu », ou plutôt de « déjà vécu ». Plus jeune, je m’appelais Mike. C’était carrément un nom d’héros, d’un chef, d’un roc, de quelqu’un à qui l’on peut faire confiance et qui est toujours là quand il le faut. Mon vrai nom, que j’ai repris seulement début ’96, est un peu plus compliqué à prononcer pour les Français, mais il me correspond davantage. Je trouve que la sonorité est plus douce, plus riche et peut-être même plus profonde. En tout cas, il me décrit bien, car il veut dire « Qui est comme Dieu ». À moi de me demander si, à la fin de l’expression, il faut plutôt un point d’interrogation ou un point d’exclamation. ⁉️
Quoi qu’il en soit, la majeure partie de ma vie j’ai cherché à être digne de ce nom… et encore aujourd’hui ! En même temps, il m’indique à quel point ma mère avait mis tout son espoir en moi. Son projet inconscient se traduisait par mon nom. Je me devais d’être son dieu, son tout… puisqu’elle avait tout perdu avec l’Holocauste. C’était un poids très lourd à porter et après son décès, j’ai eu besoin de presque 4 décennies et beaucoup de thérapie pour sortir de ce schéma que je répétais avec chaque femme. C’est seulement depuis 2015 que mes relations ont commencé à changer. Il fallait tout d’abord comprendre que j’étais jusque-là d’emblée attiré par des femmes à problèmes… même si je ne le voyais pas. Je me suis extrait du jeu d’attirance et à partir du moment où j’ai laissé la Vie décider à ma place avec qui j’allais être, le scénario répétitif s’est arrêté. 🔁

En pensant ainsi à mon passé, j’ai eu une sensation forte et profonde de trop-plein, de saturation, qui est toujours là quelque part. Tout à l’heure, en regardant encore un film où une personne se tourne vers le crime pour simplement survivre, cette sensation m’a accompagné tout au long de l’histoire. Je me rends compte régulièrement à quel point je ne suis pas fait pour ce monde. De ma fenêtre, il est compliqué, violent, dur et dénué de sens. Je me rends compte aussi à quel point les attentes de ma mère, le regard de mon entourage et les valeurs de la société m’ont forcé dans une vie qui ne me correspondait pas du tout. Rétrospectivement, j’ai senti cette imposition dès mon arrivée aux Pays-Bas, à 5 ans et demi. Je ne pouvais plus tout simplement être moi-même, comme à Israël. Malheureusement, je ne savais pas ce que je sais aujourd’hui. Je pensais tout simplement que je devais m’adapter et faire comme tout le monde. Je pensais que c’était juste et normal… et que c’était moi qui avait un problème ! 😔
L’effort que dû fournir de manière incessante pour essayer d’être à peu près comme les autres était carrément inhumain. J’ai passé la plupart du temps avec des angoisses et la boule au ventre. Ça a commencé déjà à l’école maternelle à Amsterdam et a continué non-stop jusqu’au moment où je vis mon expérience d’éveil, 40 ans plus tard. Oh, personne ne le voyait vraiment, car je le masquais avec mes prouesses sportives et un comportement à peu près cool. Je n’ai jamais réussi à faire normalement partie d’un groupe, d’une profession ou même d’une famille. J’ai toujours été à côté de la plaque et incompris. Quand je regarde en arrière, je me vois d’épisode en épisode passer d’une situation compliquée et conflictuelle à une autre. Ce n’était pas seulement l’antisémitisme ou de la jalousie. Non, malgré tout l’effort de me fondre dans le décor, j’étais tout simplement différent. Je pensais différemment, je fonctionnais différemment et mes motivations étaient différentes… et les gens me l’ont systématiquement fait sentir. 🤪

L’effort de m’adapter et la pression que cela provoquait ont été deux phénomènes qui m’ont accompagné presque toute ma vie. À partir du moment où j’ai quitté l’armée en 1984, j’ai enfin commencé à m’opposer aux injonctions. Je ne voyais pas encore les travaux Herculéens que cela allait représenter dans le futur. J’avais malgré tout et malgré moi appris à fonctionner dans ce monde compliqué, mais ça me demandait un effort incommensurable au quotidien dont je n’étais même pas vraiment conscient. C’est surtout grâce aux métiers, aux femmes, aux pertes, aux pathologies et aux souffrances, dont 6 burn-outs, que j’ai pris conscience à quel point j’étais toujours et encore à côté de mes pompes. Mon expérience d’éveil en 2001 m’a permis de comprendre beaucoup en un instant. Mais, c’est seulement quand j’ai quitté ma compagne de longue date 10 ans plus tard que je commençais réellement à m’extraire de l’influence néfaste qui pousse chacun d’entre nous à être fidèle à ce que nous ne sommes pas ! 🫡
Quand je suis parti, petit à petit, situation après situation, voyage après voyage… je retrouvais ma simplicité, ma lenteur et ma passivité naturelles. Je ne le voyais pas sur le moment, car j’avais la tête dans le guidon. Mais aujourd’hui, rétrospectivement, je vois bien comment la Vie m’a permis d’enlever couche après couche de pollution comportementale et intellectuelle. Dès que j’étais sur les routes, j’ai vu mon adaptabilité à la société diminuer à vue d’oeil. Plus j’avançais, moins je me sentais capable de faire marche arrière. J’étais un simple, un lent qui s’était perdu… et qui était en train de se retrouver. Tout ce chemin, juste pour me retrouver aujourd’hui au point de départ… simple, lent et inadapté. Si je n’avais pas pris ce chemin de retour vers moi-même, je n’aurais pas survécu. J’accepte… non, je savoure et je célèbre le fait d’être à côté de la plaque… tant que je ne serai plus jamais à côté de mes pompes ! 😉
Je vous souhaite une délicieuse journée, soirée ou nuit… où que vous soyez… ∞❤️∞
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