~ RENDEZ-VOUS ~
Chapitre 1
Il fait nuit. Je me sens sale, fatigué et très en colère. Je sais que c’est fini. Tous les efforts n’ont servi à rien. J’avais une seule mission à accomplir et j’ai échoué. Cependant, je sais que mon cœur est vaillant et pur. Je n’avais aucun doute quant à la justesse de mon combat.
Depuis des siècles, de nouvelles religions minaient et corrompaient peu à peu l’esprit des plus faibles. Ce qui était autrefois destiné à honorer l’UN à travers ses diverses manifestations, servait désormais de plus en plus la cupidité des hommes. Je dis bien des hommes car jusqu’alors c’étaient principalement les femmes qui étaient les intermédiaires entre la SOURCE et les humains. Ceux qui avaient un cœur suffisamment pur savaient comment la nature, les éléments et les événements nous soutenaient dans une existence simple, lente et connectée. Elles étaient passeuses, guérisseuses, herboristes, sages-femmes, initiatrices, oracles et toutes autres formes de sorcières. Il était plutôt rare qu’un homme atteigne ce niveau de sacré qui était de manière naturelle accordé aux femmes. Ils étaient plutôt bâtisseurs, chasseurs, guerriers, agriculteurs ou pêcheurs… tout pour soutenir un monde matriarchale.
Les religions détruisaient l’Unité naturelle qui régnait harmonieusement en désignant bizarrement un dieu extérieur à nous. Comme il était certainement plus facile de mettre la responsabilité de ce qui nous arrive à l’extérieur de nous-même, de plus en plus de personnes adhéraient à ces religions. Pire encore, les hommes qui assumaient les fonctions faisaient tout pour que la puissance et le féminin sacré disparaissent à jamais. Au fur et à mesure que les religions se développaient, les rites ancestraux devenaient interdits, la sexualité taboue, puis les femmes étaient reléguées aux tâches ménagères et soumises aux hommes et à leurs plaisirs. Les peuples et tribus racines étaient systématiquement convertis ou exterminés. Au nom d’un dieu inventé et de l’Amour trahi, les Femmes qui osaient encore montrer leur lien avec le VIVANT par leurs célébrations ou leurs dons étaient systématiquement rattrapées par ceux qui avaient perdu leur lien avec leur source depuis trop longtemps.
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, mon cœur a eu faim et soif de la beauté d’antan. Cette connexion quotidienne à travers des tâches simples, des relations sincères et une vie rythmée par les saisons, les astres et la nature, me manquait cruellement. Toute forme de rassemblement pour tenter de rallumer la flamme de nos origines devenait de plus en plus périlleuse. Avec quelques courageux j’avais créé une secte pour restaurer les valeurs qui nous ont été enseignées depuis la nuit des temps. Je voyais bien que sans cela, tout était perdu, surtout l’humanité. Le sens profond de notre existence était de plus en plus remplacé par des choses superficielles et profanes. La VIE elle-même hurlait sa détresse à nos oreilles, mais il n’y avait plus assez de monde pour l’entendre. Ses cris sous forme d’épidémies, de guerres ou de catastrophes naturelles étaient imputés à un dieu qu’on ne pouvait comprendre.
Cette partie de mon histoire se déroule au début du XIVe siècle, alors que nous ne sommes plus assez nombreux pour faire revivre le sacré originel. C’était en prenant délicatement soin de cette magnifique terre que la VIE nous avait confiée, et en vivant en harmonie avec ces habitants, que nous honorions l’Existence elle-même. Les hommes qui dirigent les religions ne respectent plus rien. Ils détruisent tout et ne pensent qu’au profit. Cachés derrière des bannières avec le nom de leur dieu écrit, ils ne font que glorifier leur ego démesuré et en envoient en masse nos guides et sages sur les bûchers. Et là, en représailles d’avoir osé défier l’ordre religieux, nous sommes tous là, chacun attaché à une croix. Nous sommes nombreux, au moins une cinquantaine. Il y a surtout des femmes, comme à chaque exécution.
Alors que les gens s’agitent violemment et à une vitesse folle autour de nous pour mettre du bois aux pieds de chacun de mes amis, je réalise qu’une époque s’achève et qu’avec notre fin, notre culture sera mise à mort du même coup. Je vois autour de moi les feux des bûchers se multiplier. Je regarde une dernière fois autour de moi. Les yeux de mes frères et sœurs sont rivés sur moi. Ils sont tous étrangement paisibles et résignés. Nos regards se croisent et je leur dis à haute voix que nous reviendrons pour finir ce que nous avons commencé. Je sens le feu commencer à lécher mes jambes. Une colère terrible m’envahit et dans un dernier souffle je maudis mes assassins… puis la lumière s’éteint.
A suivre ?
∞❤️∞
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Oui Michaël,
Voilà une bonne idée d’écrire, tu écris bien et tes phrases coulent naturellement, mets du piment dans les mots et la succession des choses afin d’attiser de désir de la lecture.
Je te souhaite un plaisir fou à rédiger et puis à partager avec tes lecteurs, voilà une belle ligne de vie pour 2025
Tous mes voeux de joie.
je t’embrasse
Bernard
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Merci Bernard 🥰 Mes meilleurs vœux pour toi et les tiens 🌺
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